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Les villages des Pyrénées béarnaises
Aren **Nouveau**

Aren est un village de 249 habitants, appelés les Arenais, situé dans la vallée de Josbaig* à douze kilomètres d’Oloron Sainte-Marie.

 

Il est traversé par le gave d'Oloron et son affluent, le Joos. Les ruisseaux Espondics, Larribau, Libarle et Licoyle arrosent aussi la commune. Le village d’Aren est le seul village de la vallée de Josbaig à être implanté près du gave d’Oloron, les  autres villages étant établis près du Joos.

* Josbaig (nom composé du nom de la rivière Joos et du mot béarnais baig qui signifie vallée)

Toponymie

Son nom proviendrait du nom latin  « Arennius », certainement nom du propriétaire terrien du site à l’époque gallo-romaine, le tout signifiant « le domaine d’Arrius ».

Il peut être également issu de l’espagnol « Arena » (sable), en référence à sa plage de sable et de graves au bord du gave d’Oloron.

Un peu d'histoire

A la confluence des cours d’eau de Libarle et de Licoyle, sur le site de Castelmayou, a été repéré un camp de type protohistorique. Une enceinte entourée d’un grand talus de 8 m de haut sur trois de ses côtés se situe dans une zone boisée ne permettant pas de mener d’études et de relevés archéologiques.

 

Il semble que la seigneurie du village ait été implantée à proximité du gave qui pouvait être traversé à gué puis, à partir du XVe siècle, avec un bac. Les premiers seigneurs, mentionnés dans le cartulaire de l’abbaye de Saint-Vincent de Lucq-de-Béarn * aux environs de 1100, sont Auger d’Aren et sa femme Bialana. Ils sont en conflit avec l’abbé de Saint-Vincent au sujet d’une digue que ce dernier souhaite établir sur la rive d’Aren pour aider à alimenter le moulin qu’il a fait construire à Saucède, sur la rive opposée. Au cours des XIIe et XIIIe siècles, les seigneurs d’Aren sont régulièrement cités dans les sources écrites : Ramon-Arnaut, Arnaut-Garcie, Arnaut-Guilhem, En Nabar… Ces seigneurs apparaissent comme étant les représentants décisifs pour la vallée de Josbaig et seule leur demeure est qualifiée de casteg (château) dans les actes.

* Le cartulaire de Saint-Vincent de Lucq est un recueil d’actes qui atteste des titres et privilèges de la communauté.

La seigneurie est acquise par P. de Latapi, officier et bayle* de Gaston Fébus, à la fin du XIVe siècle.

*  Le bayle est le représentant d’une circonscription administrative, financière et judiciaire.

Aren est mentionné dès 1209 et 1251, puis en 1385 lors du dénombrement commandité par le vicomte Gaston Fébus afin de mieux connaître la population du Béarn. Aren compte 26 feux (maisonnées) dont une maison noble et la maison du cagot. En 1608, il apparaît sous la forme Saint-Jean d’Aren.

* Le dénombrement fait par un vassal à son seigneur doit contenir l'énumération de toutes les terres et droits qu'il tient de son seigneur.

En 1396 apparaît la première mention de l’abbaye laïque d’Aren dont le propriétaire, Arnaut de la Sale, a le simple droit de présentation à la cure alors que la dîme est perçue par l’abbaye Saint-Vincent. La maison Minbiele, siège de l’abbaye laïque, accolée au porche de l’église, est ensuite transmise aux seigneurs d’Aren.

En 1428, Ramon-Arnaut de Marrun prête hommage à Jean 1er de Foix, vicomte de Béarn, pour la seigneurie d’Aren. Ce riche marchand oloronais spécialisé dans le négoce pyrénéen de draps et de pastel, choisit d’être anobli par l’achat de cette seigneurie. Il décide de bâtir son château, à l’intérieur du village, à l’écart du site d’origine situé près du gave. Le logis devient propriété de la famille Perer, conseiller du roi Henri II au XVIe siècle puis Mesplès du XVIIe au XIXe siècles. Il s’agit de l’une des plus grandes familles nobles du Béarn, également propriétaire des seigneuries de Susmiou, Esquiüle, Saint-Goin…

Patrimoines

Le château

Face à l’église paroissiale, le château domine le centre du village. La construction de la bâtisse primitive, propriété d’un riche marchand oloronais, Ramon-Arnaut de Marrun, remonte au XVe siècle. Des éléments architecturaux témoignent de cette richesse : deux échauguettes en encorbellement, archères au-rez-de-chaussée, mur d’enceinte et tour d’angle dont la hauteur a été abaissée.

  

Au XVIIe siècle, une campagne d’agrandissement, menée par la famille Mesplès lui confère sa physionomie actuelle avec l’ajout d’une aile perpendiculaire qui comprend désormais l’entrée principale ornée d’un fronton rompu. Les bâtiments s’élèvent sur deux étages et sont couverts de toits mansardés à chiens assis à meneaux.

En état de ruine, le château est sauvé de la destruction en 1978 grâce à l’engagement de son propriétaire qui, tombé sous le charme des lieux, fait entreprendre un long travail de sauvegarde, en réutilisant les matériaux de l’ancien château d’Esquiüle. Depuis 1984, façades et toitures sont inscrites à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques et les peintures murales sont classées au titre des Monuments Historiques.

L’église Saint-Jean-Baptiste

Les églises de la vallée de Josbaig ont été bâties ou profondément remaniées au cours des XVIIIe ou XIXe siècles. Elles ont pour trait commun la forme de leur clocher carré qui s’élève au-dessus du porche.

L’église d’Aren, de style roman, située à proximité du château est mentionnée pour la première fois en 1141, donnée en gage par Arnaut Garsie, seigneur d’Aren à l’évêché de Sainte-Marie d’Oloron, pour la somme de 210 sous Morlaàs.

Elle contraste avec les autres églises de la vallée de par sa clarté et son dépouillement. Elle remplace un édifice plus ancien dont l’histoire n’a guère conservé de trace.

L’entrée de l’église sur la façade sud, couverte par un auvent, a été réaménagée au XVIIIe siècle. A l’entrée se trouvent deux bénitiers dont l’un est orné d’une croix occitane. Ils ont été réemployés dans la construction actuelle. La nef unique de style roman est flanquée de deux bas-côtés auxquels on accède par deux arcades plein cintre. Elle est prolongée par un chevet qui pourrait être celui de l’église primitive.

L’église abrite un Christ en Croix en bois de noyer offert par l’abbé de Saint-Aubin et une statue dorée de la Vierge de la fin du X VIIIe siècle.

La chapelle de l’abbaye laïque

L’abbaye laïque* d’Aren appartient à la famille Minbiele durant la première moitié du XVIe siècle. Vers le milieu du XVIe siècle, Jacques de Minbiele est contraint de la vendre à Anchot de Mesplès. Dès lors, les Mesplès, nouveaux seigneurs d’Aren, deviennent aussi abbés laïcs.

L’abbaye laïque bénéficie d’une chapelle privée située à la base du clocher. Son accès se fait par une porte au-dessus de laquelle figure la date de 1717. La chapelle communique avec la nef de l’église par une large ouverture voûtée et dotée d’une grille en bois, depuis laquelle l’abbé laïc et les siens peuvent assister à l’office sans se mêler à la population.

Seules des traces de murs de l’abbaye laïque sont encore visibles sur la façade nord-ouest de l’église.

*L’abbaye laïque est une maison souvent située près d’une église dont le maître est un laïc qualifié d’abbé.
 
Les maisons de caractère

La maison Carrère est située dans le noyau historique, en direction du gave d’Oloron. Citée dans le cartulaire de Saint-Vincent de Lucq, elle est également recensée en 1385.

 

Précédé par un portail daté de 1703, son corps de logis est pourvu de fenêtres à meneaux et de cornes de Béarn* datées de la fin du XVe / début du XVIe siècle. Les nombreux  aménagements des  XVIIe et XVIIIe siècles n’ont pas porté atteinte à son exceptionnelle couverture de lauzes.
 
*Les cornes de Béarn constituent un symbole décoratif local que l’on retrouve également sur les pièces de monnaie.
 
La plupart des maisons du village datent du XIXe et du XXe siècle, une époque où l’économie agropastorale est prépondérante dans la plaine fertile du gave d’Oloron.

Les corps de ferme se composent alors d’habitations à l’apparence soignée et de granges attenantes disposées soit dans l’alignement de la façade, soit autour d’une cour centrale. Ces fermes, dites de piémont, bénéficient d’un espace foncier suffisant pour avoir une disposition pratique tout en « séparant » la fonction habitat et les activités agricoles.

Le pigeonnier

Posséder un pigeonnier non loin du château est, dès le Moyen Âge, un privilège strictement seigneurial, un signe distinctif de richesse et de pouvoir. Il  constitue un signe ostentatoire de richesse pour le seigneur tout en étant source de mets de choix.

La fin du XVIIIe siècle marque l’abolition de ce privilège seigneurial. Ainsi, au cours de l’Assemblée Nationale du 6 août 1789, le droit est donné à chacun de pouvoir élever des pigeons.
 
Le pigeonnier d’Aren date, tout comme le château, des XVe et XVIIe siècles. Il mesure 4 m de haut sur 2.50 m de côté. Il présente une base carrée et des murs pleins en galets et pierres apparentes. Il est couvert par un toit en ardoise à quatre pans incurvés. Le rez-de-chaussée est percé d’une porte avec linteau en accolade surbaissée. Sur la façade sud-est se trouve à l’étage, une lucarne. Plusieurs trous de boulins* sont laissés dans les murs afin de permettre aux oiseaux de nicher.
 
*Un boulin est une pièce d'échafaudage en bois, horizontale, engagée dans la maçonnerie par une ouverture nommée trou de boulin.

Zoom sur...

La peinture à la détrempe du château

Des travaux de réfection, en 1980, ont permis la découverte d’une peinture murale médiévale dans une salle du premier  étage de la partie médiévale du château. Le panneau peint, exécuté selon la technique de la détrempe*, occupe 2,70m de haut pour 1,80m de large environ. Cette scène, rattachée au style gothique, évoque une tenture de tapisserie. L’ensemble est occupé, pour les deux tiers supérieurs, par une scène d’amour courtois et, sur le tiers restant, d’un décor en trompe l’œil. Les dessins traités en noir, ocre et orange, recouverts d’un enduit à une époque indéterminée, ont bien résisté au temps.

Un jeune homme et une jeune femme nobles, habillés à la mode de la cour de France du temps de Charles VII (1403-1461) et Agnès Sorel (1422-1450) se font face, avec un petit chien à leurs pieds et, à droite, un lièvre dans les fleurs. Avec toute l’élégance et la grâce caractéristiques de la fin du Moyen Âge, le jeune homme, une serviette sur le bras, présente à la jeune fille, une cuvette et lui verse de l’eau sur les mains.

Cette représentation allégorique a été réalisée pour le mariage du jeune Bernard de Marrun vers 1450. Il s’agit d’un rite de purification mais aussi d’une manifestation de l’amour courtois. Les arums blancs sont associés à la pureté et au mariage, le figuier symbolise la fécondité et la fondation d’un foyer.

*La détrempe est une peinture dont les pigments sont liés par divers liants comme la gomme arabique, la colle de peau, le jaune d’œuf…

Le saviez-vous ?

Le saumon

Le gave d’Oloron est une rivière bien connue des pêcheurs de saumons. Appelé en Béarn « roi de nos gaves », le saumon est un poisson migrateur anadrome, c’est-à-dire qui se reproduit en eau douce et vit en mer.

Après avoir vécu 7 ans dans l’Océan Arctique et entrepris un long voyage qui le ramène jusqu’au gave d’Oloron, le saumon adulte se repose dans un pool* et attend des conditions climatiques favorables pour frayer.

* Un pool ou un bief est une portion du gave qui présente une homogénéité, un lieu calme en aval d’un barrage ou en amont d’un rapide.

Les mâles aménagent le lit du gave avec leurs bec et queue afin de préparer des nids constitués de sable et petits graviers pour que les femelles puissent y déposer leurs œufs. Une femelle peut pondre dans plusieurs nids de la même frayère (une frayère est le lieu de reproduction des poissons).

A Aren, ces frayères se trouvent rive gauche, près de l’enrochement, après le moulin de Saucède, en amont, près des pools Les Platanes, l’Arbre Penché et le Bac d’Aren.

Les tocans (ou jeunes saumons) restent dans nos gaves pendant 2 à 3 ans. Puis, ils partent en mer où ils y restent jusqu’à leur maturité sexuelle avant d’entreprendre le chemin inverse pour frayer, à leur tour, sur leur lieu de naissance.

La pêche au saumon se pratique encore aujourd’hui dans les 3 biefs bien connus d’Aren.